Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :

⏳ France Télévisions se réorganise

Lors de ses vœux aux salariés jeudi 15 janvier, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a annoncé la mise en place de la « plus importante réorganisation du groupe depuis 20 ans ». Objectif : mettre le streaming au cœur de sa priorité.

« Que cela plaise ou non, la télévision linéaire ne sera plus un usage dominant d’ici 2030 », justifie Stéphane Sitbon-Gomez, le directeur des antennes et des programmes, dans Le Figaro. La dernière réorganisation datait de 2018 lorsque Delphine Ernotte avait cassé la direction par chaîne – déjà entamée par Rémy Pflimlin – au profit de directions transverses : documentaires, fiction, magazines, culture, etc.

La réorganisation se fera par « missions », et non plus par genres. Une nouvelle direction générale adjointe des offres et de la stratégie éditoriale sera dotée de huit sous-directions éditoriales : création (fiction, spectacle vivant…), savoirs, cinéma, loisirs et vie quotidienne, sports et événements, régions, jeunes publics et information. La direction du numérique sera supprimée et les collaborateurs auront « vocation à se répartir au sein des différentes directions du groupe ».

  • Deux nouvelles directions seront créées : l’une dédiée au produit et à l’expérience, l’autre à l’IA, toutes deux directement rattachées à la présidente du groupe. « D’ici 2030, l’IA aura tout transformé au sein du groupe : les métiers, les pratiques, les contenus… Nous voulons faire de France Télévisions un pionnier de l’IA responsable », affirme Sitbon-Gomez.

  • Cette transformation arrive à un moment très délicat pour France Télévisions, confronté à une commission d’enquête (en réalité, mascarade de l’extrême droite) à l’Assemblée nationale et à des économies XXL. Le groupe prévoit de réduire ses dépenses d’environ 60 millions d’euros cette année et de réduire ses effectifs de 112 collaborateurs.

  • Transmis aux différentes instances représentatives du personnel, le plan de réorganisation sera présenté ce mercredi au comité social et économique central. Après l’aval de ce dernier, il devrait être mis en œuvre d’ici mai.

📺 Canal+ s’interroge sur l’avenir de ses chaînes thématiques

Chaînes et bouquets édités par Canal+ Thématiques.

Invité de l’Association des journalistes médias jeudi dernier, Gérald-Brice Viret, directeur des programmes et des antennes de Canal+ France, a fait part de ses interrogations sur l’avenir des chaînes thématiques du groupe.

Selon lui, si « aucune n’[était] déficitaire » en 2025, leur mode de diffusion actuel ferait l’objet de questionnements au sein de Canal+. D’après Satellifacts, le groupe s’interrogerait sur la pertinence de maintenir leur diffusion en linéaire, ou de les basculer en streaming. Quelques jours plus tôt, l’Arcom publiait le bilan financier des chaînes payantes en 2024, en chute de 17 % par rapport à 2023. Une détérioration de la rentabilité notamment marquée par les « forts déficits » de Canal+ Thématiques, liés à la reprise d’OCS et aux charges anticipées du plan social annoncé fin 2024.

Cette réflexion s’inscrit dans la continuité des questionnements sur l’avenir de la télé, dont fait preuve la réorganisation de France Télévisions évoquée ci-dessus. Les chaînes thématiques sont particulièrement sinistrées : en dix ans, leurs revenus ont chuté de 40 % (La Veille du 24 novembre). Nicolas de Tavernost, l’ex-patron de M6, prédisait il y a peu : « L’automatisation de la production, de la programmation va bouleverser l’audiovisuel traditionnel. (…) Il va y avoir des progrès spectaculaires dans l’aide à la décision sur la fabrication des programmes, la programmation, la constitution des grilles, etc. On va assister à une automatisation, par les data, des processus de fabrication. L’expérience, l’intuition vont disparaître progressivement. »

  • Interrogé sur d’autres sujets, Gérald-Brice Viret a affirmé que la régie publicitaire du groupe Canal+ avait retrouvé 50 % du chiffre d’affaires de C8, notamment grâce à l’introduction de publicités dans les matchs de foot sur Canal+, rendue possible une fois démise de ses contraintes TNT. Viret souhaite également « plus de publicité sur la plateforme [Canal+] ».

  • Le groupe se dit ouvert à un accord avec YouTube, « pour une plus large diffusion » de certains programmes gratuits, à l’instar des accords de CMA Media ou de la BBC annoncés il y a quelques jours.

  • Au sujet de Jean-Marc Morandini, la direction du groupe Canal+ « assume complètement » son maintien à l’antenne de CNews malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs et son interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs. « Il n’est en contact avec aucun mineur à CNews », et ce « depuis très longtemps ».

📬 Les brèves de La Veille

L’Assemblée nationale s'attaque au CNC. Évoqué dans La Veille du 15 décembre, le militantisme des chaînes privées a payé. Jeudi, l’amendement LR du Sénat, qui réduirait de 34 millions d’euros le budget du CNC au profit des chaînes privées, a été adopté par les députés macronistes et RN, grâce à « un très intense lobbying de M6 auprès des députés RN ». Le vote du budget n’est pas garanti pour autant. (Le Monde)

Accord historique entre Netflix et Sony Pictures. Netflix rafle l’exclusivité mondiale de la diffusion des prochains films Sony, après leur sortie en salles et en VOD, pour 7 milliards de dollars. L’accord se déploie progressivement dès 2026 et sera effectif dans tous les pays de 2029 à 2032 (Canal+ détient actuellement les droits en France). Netflix pourra aussi vendre des films et séries Sony à des diffuseurs tiers. (Bloomberg)

Mediawan continue son expansion américaine. Après s’être allié avec les sociétés de Brad Pitt et de Margot Robbie, Mediawan serait en discussions pour racheter The North Road Company, fondé par l’ancien dirigeant de la 20th Century Fox, Peter Chernin. North Road détient neuf labels ayant notamment coproduit Le Mans 66, New Girl, Love is Blind USA ou encore les derniers films La Planète des singes. (Deadline)

Turbulences chez LVMH. Jeudi, la rédaction des Échos s’est massivement mise en grève pour protester contre « la proposition humiliante de la direction sur les salaires » alors que « notre actionnaire ne cesse de racheter des titres de presse ». Vendredi, LVMH a annoncé le départ de Pierre Louette, PDG du Groupe Les Échos–Le Parisien, et la nomination de Michèle Benbunan, ex-DG d’Editis, pour le remplacer. (L’Humanité)

de Veille

  • Pablo Larraín lance Pijama, une plateforme VOD où les cinéastes indépendants peuvent uploader leurs films et choisir les tarifs (The Verge)

  • Rachat de Warner : la justice rejette la requête de Paramount, Netflix dit vouloir maintenir une fenêtre de 45 jours pour les salles américaines (WSJ-NYT)

  • Après sa liquidation, un rachat du catalogue de Capricci Films semble peu probable ; l’avenir de Capricci Éditions en suspens (Libération)

  • Des exploitants de cinémas bousculés par l’affaire Sacré-Cœur veulent « faire front », anticipant une éventuelle vague RN aux municipales (Mediapart)

  • L’enregistrement volé de Thomas Legrand et Laurence Bloch aurait été réalisé par un journaliste d’Europe 1, sur ordre de sa hiérarchie (Le Monde)

  • Vivendi va prendre une participation dans Prisma suite au rachat du pôle luxe ; les syndicats soupçonnent une manœuvre autour du PSE (Le Figaro)

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