
Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :
🤝 Prime Video lance les négociations en France

D’après une information rapportée par Écran Total, les syndicats de la production audiovisuelle ont rencontré mi-janvier les équipes de Prime Video en vue de négocier un accord sur le financement de la création, similaire à celui de Disney+.
Depuis 2021, les plateformes américaines doivent investir 20 % de leur chiffre d’affaires local dans des productions européennes. En janvier 2025, Disney+ a accepté d’augmenter ses engagements à 25 % de son chiffre d’affaires en contrepartie d’une chronologie des médias plus avantageuse en France. Disney+ diffuse désormais les films 9 mois après leur sortie en salles, plutôt que 17 mois comme auparavant.
C’est donc une « fenêtre » similaire que chercherait à obtenir probablement la plateforme d’Amazon en France. Une manière pour le cinéma français de compenser la forte baisse du nombre de films préfinancés par Canal+ (50 films en moins en 2025). L’année dernière, Prime Video a préacheté 9 films contre 27 pour Disney+.
Les enjeux sont doubles pour Prime Video car Amazon MGM Studios multiplie les recrutements en France depuis plusieurs mois en vue de distribuer prochainement leurs films eux-mêmes sur le territoire, et non en les confiant à d’autres studios (Sony Pictures actuellement). Avec un accord, les films Amazon MGM pourraient arriver plus rapidement sur Prime Video.
Des vents mauvais soufflent néanmoins chez Amazon qui devrait annoncer cette semaine une deuxième vague de licenciements, après 14 000 déjà effectués en octobre. Amazon viserait 30 000 départs (10 % de ses effectifs) et selon Puck, la division TV ne serait pas épargnée.
Ce vendredi, Amazon MGM Studios doit aussi sortir aux États-Unis un projet hautement politique : Melania, un « documentaire » sur la Première dame, produit par cette dernière et réalisé par Brett Ratner, réalisateur disgracié d’Hollywood. Amazon s’est acheté la paix de Trump en mettant 40 millions de dollars pour ce film et Brett Ratner fut récompensé avec un Rush Hour 4, mis en production par l’entremise de Trump et de ses amis.
🎥 Avec Sooner, le cinéma français relance sa plateforme

En 2024, la plateforme UniversCiné (25 000 abonnés), détenue par une cinquantaine de producteurs et distributeurs français, annonçait le rachat de Filmo (100 000 abonnés) auprès de Wild Bunch pour devenir « la plateforme référente du cinéma indépendant ». Un an et demi après, leur fusion donne naissance à Sooner.
Sooner est un projet ancien. Le nom fut déposé dès 2014 par Metropolitan Filmexport, son premier actionnaire (37 %), avec pour ambition de rassembler des plateformes européennes indépendantes autour d’une marque commune. Sooner est ainsi lancé dès 2020 au Benelux et dans les pays germanophones, puis au Royaume-Uni et en Suède via Prime Video Channels. Avec la France, la marque Sooner s’implante dans un 9ème territoire en absorbant UniversCiné et Filmo mais aussi prochainement Cinéma(s) à la demande, la plateforme VOD de Metropolitan.
La fusion des catalogues veut créer un service plus généraliste, comparable au bouquet Ciné+ OCS : des films cultes et grands publics, auxquels s’ajoute une offre plus cinéphile (cinéma indé, classiques, courts) avec quelques séries et du cinéma X. Là où Ciné+ OCS peut s’appuyer sur une meilleure fenêtre de la chronologie des médias (6 mois contre 17 pour Sooner), la plateforme indé se positionne comme une alternative à moitié prix (6,99 euros contre 12,99 euros pour le bouquet de Canal+).
D’après ses dirigeants, Sooner se lance avec près de 100 000 abonnés en France et vise 200 000 à 250 000 d’ici trois à cinq ans. Au Benelux, la plateforme espère passer de 13 000 à 20 000 abonnés. Les autres territoires sont gérés par une société distincte, également contrôlée par Metropolitan.
Dès 2027, Sooner souhaite participer aux préachats de longs métrages afin de pouvoir négocier une meilleure fenêtre dans la chronologie des médias. L’ambition est de pouvoir proposer les films 12 mois après leur sortie en salles, plutôt que 17 mois comme actuellement.
Outre l’offre par abonnement (SVOD), Sooner s’appuie sur un fort catalogue de films à la carte (TVOD), renommé VidéoClub. Le groupe, également co-éditeur du service Médiathèque Numérique avec Arte et éditeur DVD/Blu-ray avec Blaq Out, reste cependant toujours déficitaire. 40 % du chiffre d’affaires est aujourd’hui réalisé par son pôle distribution, gérant les droits de plus de 500 films pour les plateformes et les ventes TV.
N.B. : L’auteur de La Veille a travaillé pour UniversCiné de 2024 à 2025.
📬 Les brèves de La Veille
La France rayonne aux Oscars. Les cinq films nommés à l’Oscar du meilleur film international sont tous des coproductions françaises, dont celle envoyée par la France : Un simple accident de Jafar Panahi, Palme d’or 2025, tournée en Iran avec un budget à 93 % français. Le pays est également représentée par l’animation (Arco, Amélie et la métaphysique des tubes) ainsi qu’un court métrage de fiction et un d’animation. (LFF)
La famille Seydoux ne veut pas racheter les 10 % restants de Gaumont. Après l’injonction « rarissime » de l’AMF appelant les Seydoux à sortir le studio centenaire de la Bourse, la famille estime ne pas avoir la capacité financière de le faire. Ils leur faudrait, selon eux, plus de 25 millions d’euros pour le faire ; un montant sous-évaluant le cours actuel de Gaumont. Beaucoup peinent à croire en leur incapacité. (L’Informé)
Paramount peine à s’emparer de Warner. Mi-décembre, Paramount lançait une offre hostile sur Warner, proposant à ses actionnaires de racheter directement leurs actions d’ici le 21 janvier. L’offre est finalement prolongée jusqu’au 20 février car Paramount n’a réussi qu’à racheter 6,8 % de Warner (il lui faudrait 51 % pour en prendre le contrôle). Warner s’est félicité que 93 % des actionnaires rejetaient l’offre de Paramount. (CNBC)
Six offres de reprise pour Le Nouvel Économiste. En redressement judiciare depuis décembre, six candidats se sont manifestés pour reprendre l’hebdomadaire créé en 1975 : Overlord (Le Revenu), Frontline Media (Mind Media, Fintech…), le groupe ultra-marin Éditions du Kapokier (Mémento), Économie Matin ainsi que les anciens patrons de presse Robert Lafont et Jean-René Tancrède. (La Correspondance de la Presse)
➕ de Veille
Plans sociaux chez Bolloré : après Canal et Prisma, Vivendi lance une rupture conventionnelle collective pouvant toucher 45 % des effectifs (L’Informé)
Aller au cinéma est-il redevenu cool ? Aux États-Unis, la Gen Z (15–30 ans) revient dans les salles, portée par la communauté FilmTok et Letterboxd (Vox)
Letterboxd aurait plus de 1 million d’utilisateurs actifs français, d’après sa régie publicitaire ; SensCritique en revendiquait 150 000 en 2024 (MK2+)
La plateforme Saje+, anciennement Le Film Chrétien, lancée en 2020, compte aujourd’hui près de 8000 abonnés (Boxoffice Pro)
Après avoir été éjecté du « Crayon », le milliardaire d’extrême-droite Pierre-Édouard Stérin se fait racheter ses parts des médias Neo et Lou (Challenges)
Rachetée fin 2024 par des milliardaires, l’ESJ Paris se bollorise à toute vitesse pour former des journalistes « non wokes » et « pro-entreprises » (Mediapart)
