Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :

💸 Préachats de films : Canal+ au plus bas depuis 1986

Signature d’un accord cinéma de Canal+ en 2018. © D.R.

« Nous ne souhaitons pas baisser nos investissements dans le cinéma français, nous souhaitons les augmenter » clamait Maxime Saada, président du directoire de Canal+, devant un parterre de professionnels du cinéma début novembre.

Au vu du bilan des préachats de films publié par Écran Total ce mercredi, on a de quoi s’interroger. En 2025, Canal+ a investi 91 millions d’euros dans les préachats de films français – i. e. l’acquisition de films avant tournage – contre 140 millions d’euros en 2024, soit une baisse de 50 millions en un an (-35 %). En nombre d’œuvres, cela revient à 71 films préfinancés contre 121 l’an dernier, soit 50 films de moins. C’est le plus faible nombre de films préachetés par Canal+ depuis 1986 (68 films).

La situation est similaire du côté de Ciné+ OCS : 84 films préachetés en 2025, contre 128 en 2024 (année de la fusion des bouquets Ciné+ et OCS). Cela revient à 17,3 millions d’euros investis en 2025, contre 30,04 millions d’euros en 2024.

Pour justifier cette chute, Canal+ a trouvé son bouc émissaire : Disney, avec qui les liens ont été rompus en janvier 2025. « Le niveau d'investissement du groupe a été revu à l’aune de la nouvelle organisation du secteur, notamment avec la prise en compte de l’avancée de certaines plateformes dans la chronologie des médias », justifie Vincent Girerd, directeur des chaînes cinéma de Canal+. « Le premier effet de l’avancée de Disney+ à 9 mois, c'est une concurrence sur la première fenêtre des films les plus coûteux, visant le grand public. Cela se traduit pour nous par l’augmentation de leur prix d’achat ou le renoncement à leur acquisition, et cela a des conséquences sur les moyens restants disponibles pour d’autres types de films », remarque Laurent Hassid, directeur des acquisitions de Canal+.

  • Cette tendance est en réalité le résultat de l’accord signé par Canal+ avec les organisations du cinéma en mars dernier prévoyant au total 150 millions d’euros investis en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027 ; bien loin des 205 millions investis en 2024. Les films acquis après leur tournage compensent les préachats.

  • Les grands perdants sont comme toujours les films du milieu : trop chers pour être intégrés aux quotas « diversité » et pas assez premium pour Canal+. Auparavant, les producteurs pouvaient compter sur OCS comme second diffuseur structurant.

  • À l’inverse, les films très identifiés et / ou portés par des auteurs ou des genres marqués bénéficient davantage des investissements du groupe Canal+ mais aussi des nouveaux entrants (Netflix, Prime Video ou encore Disney+).

💣 Paramount veut torpiller l’accord Warner–Netflix

Carton de fin du film « La Belle Marinière », sorti en 1932. © FPA France

Après huit offres refusées par le conseil d’administration de Warner Bros. Discovery, Paramount Skydance n’est toujours pas prêt à s’avouer vaincu.

L’année n’a pas très bien commencée pour Warner. Le 7 janvier, le directeur juridique de Paramount déclarait devant le Congrès que la transaction proposée par Netflix pour racheter Warner est « présumée illégale ». Quelques jours plus tard, Trump relayait sur son réseau social un édito de la chaîne OANN, à droite de Fox News, intitulé « Mettons fin à l’emprise culturelle de Netflix ». Même si Trump prétend être désintéressé, les Ellison peuvent compter sur leur meilleur allié.

Il aura fallu attendre lundi dernier pour que David Ellison relance une offensive. Dans un courrier adressé aux actionnaires de Warner, Paramount annonce vouloir proposer des candidats au poste d’administrateur lors de l’assemblée générale annuelle de Warner qui se tiendra (probablement) début juin. L’idée : renverser le conseil d’administration et obliger celui-ci à reconsidérer l’offre de Paramount.

De plus, Paramount propose une modification des statuts de Warner afin de soumettre la scission de l’entité Discovery Global (CNN, Eurosport, WBITVP, Cartoon Network…) à un vote des actionnaires. Une action en justice est intentée afin que Warner diffuse toutes les informations financières sur l’offre de Netflix.

  • Face aux pressions, Netflix envisage désormais de faire une nouvelle offre intégralement en cash auprès des actionnaires de Warner. Un gage de stabilité alors que l’action Netflix a perdu près de 30 % de sa valeur ces derniers mois.

  • Le temps presse pour Paramount Skydance : les actionnaires de Warner ont jusqu’à mercredi prochain pour basculer en sa faveur. (D’après les derniers signaux fin décembre, cela paraissait peu probable.)

  • Mais Paramount n’a pas dit son dernier mot : si son offre échoue, l’entreprise fera pression sur les autorités de la concurrence pour faire échouer la transaction avec Netflix. Warner repartirait seul… avant un nouveau rachat ?

📬 Les brèves de La Veille

M6+ arrive sur Prime Video. Après France.tv sur Prime, RMC-BFM sur YouTube et bientôt TF1 sur Netflix, M6+ est arrivé ce mardi sur Prime Video. Des accords qui interrogent sur la souveraineté technologique des chaînes, cédant aux plateformes américaines, et sur le financement future de la création audiovisuelle. Peut-on encore imaginer une coproduction M6/Netflix si M6 est intégré sur Prime ? (Alloforfait)

Vers une fusion Banijay / All3Media ? Banijay a annoncé mardi être en discussions avec le fonds américano-émirati RedBird IMI, propriétaire de All3Media, en vue de fusionner leurs activités de production et de distribution audiovisuelle. La fusion des deux mastodontes pourrait créer l’un des plus gros groupes audiovisuels au monde, avec un chiffre d’affaires loin devant ITV Studios, Fremantle ou BBC Studios. (Reuters)

Prisma Media va céder ses magazines luxe. Frappé par un plan social touchant un tiers de ses effectifs, Prisma Media convoque ce vendredi un CSE extraordinaire en vue de céder son pôle luxe – Milk, Ideat, Côté Maison, The Good Life et la licence française de Harper’s Bazaar – à Vivendi, son ancien propriétaire, toujours contrôlé par Vincent Bolloré. De quoi questionner la pertinence de sa scission en 2024. (L’Informé)

UGC redevient le deuxième exploitant de France. Avec 18,2 millions d’entrées en 2025 (-9,4 % sur un an), UGC double pour la première depuis 2020 le circuit CGR (17,8 millions, -17,8 % sur un an). Une progression qui s’explique pour UGC par la meilleure résistance de ses implantations en centre-ville, et surtout à Paris. Pathé reste loin devant avec 31,6 millions d’entrées en 2025 (-11 %). (Le Film français)

de Veille

  • Avenir incertain pour la chaîne locale Wéo, en grande difficulté financière depuis l’arrêt de son financement par la région Hauts-de-France (France 3)

  • Records d’audience et contre-attaque énervée : à Radio Nova, une renaissance sous le signe d’un renouveau transgressif (Libération)

  • Un animateur de CNews inscrit au fichier des délinquants sexuels : Jean-Marc Morandini définitivement condamné pour corruption de mineurs (Le Parisien)

  • Lionsgate cède son service de streaming Lionsgate Play en Asie du Sud-Est à son dirigeant qui l’a géré ces huit dernières années (Variety)

  • JustWatch recrute un ancien cadre de HBO Max et Mubi pour piloter les acquisitions et la stratégie de contenus à l’échelle mondiale (Variety)

  • De Pierre Étaix à Christopher Nolan, l’odyssée du format Imax entre bidouillages artistiques et salles démesurées (Libération)

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