
Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :
📰 L’information cherche son modèle économique

Peter et Steven mènent l’enquête. © 1976 Warner Bros. / Wildwood Enterprises
Dans le prolongement des États Généraux de l’Information, l’Arcom et le ministère de la Culture (DGMIC) ont publié ce 19 janvier une étude sur le coût de production de l’information en France et la viabilité des différents modèles économiques.
Sans surprise, le constat est préoccupant. Produire de l’information demeure une activité coûteuse et difficilement compressible. En 2024, la production d’information en France a représenté près de 2,9 milliards d’euros de coûts et mobilisé environ 34 000 personnes à temps plein, dont près de 80 % de journalistes. La masse salariale concentre à elle seule entre deux tiers et plus de 80 % des charges des médias, laissant peu de marges de manœuvre pour des économies sans impact éditorial.
Le problème repose aujourd'hui dans la fragilité des sources de financement – publicité, abonnements et dotations publiques – toutes « en baisse ou menacées ». Les recettes publicitaires se déplacent vers les grandes plateformes numériques, les abonnements progressent trop lentement pour compenser l’effondrement de la presse papier, et les aides publiques font face à un contexte de restrictions budgétaires.
Près de 80 % des médias interrogés réalisent une marge inférieure à 6 %, et plus de la moitié étaient déficitaires en 2024. Seuls 20 % des Français sont prêts à payer pour de l’information, dont 12 % pour ≤ 10 euros, là où 1 Français sur 2 est abonné à une plateforme de streaming.
Le coût de production de l’information représente 45 % du chiffre d’affaires de la presse, 15 à 20 % pour l’audiovisuel et 70 % des agences de presse. Les médias privés locaux, notamment ultra-marins, sont les plus menacés.
Face à la fragilisation des revenus, les médias réduisent leurs coûts (rationalisation des effectifs, co-diffusion, recours à l’IA) en tentant aussi de diversifier leurs ressources en ligne. Des leviers défensifs et partiels, mais insuffisants pour compenser l’érosion des recettes traditionnelles.
🌎 Les contours du futur groupe Discovery Global

L’actuelle filiale Warner Bros. International Television Production France, produisant notamment « Affaire conclue » pour France 2, intégrera le groupe Discovery Global. © Louis-Adrien Le Blay
Mardi, Warner Bros. Discovery a déposé auprès de la SEC (l’autorité des marchés financiers américains) un document préliminaire à la scission de ses chaînes de télévision – hors HBO et Cinemax – dans une nouvelle société, Discovery Global.
Discovery Global est d’abord l’aveu d’échec de la fusion de WarnerMedia avec Discovery en 2022. Le business des chaînes est en déclin et ces dernières n’apportent que peu de valeur ajoutée à la plateforme de streaming du groupe, HBO Max. L’intérêt d’une scission pour un groupe coté en bourse est aussi de réduire sa dette en la répartissant en partie dans la société scindée.
Le document déposé à la SEC permet désormais de savoir quels seraient exactement les actifs de Discovery Global en cas de scission : les chaînes de télévision de Warner Bros. Discovery, à quelques exceptions près ; les services de streaming Discovery+, CNN All Access, Player en Pologne et prochainement celui de TNT Sports aux États-Unis ; les branches de production Warner Bros. International Television Production et Discovery Studios ; et les droits de la WWE en Italie.
L’entité Warner Bros., actuellement promise à Netflix, conserverait sa participation dans TNT Sports au Royaume-Uni, au Chili et en Argentine ; les droits de l’UFC en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas ; les droits de la Ligue des champions au Brésil et au Mexique ; ainsi que les droits de la Premier League et de la FA Cup au Mexique. Warner Bros. conservait également la gestion de la chaîne cinéma TCM aux États-Unis et au Canada, qui serait gérée partout ailleurs par Discovery Global.
Si le rachat aboutit, le découpage offrirait à Netflix des droits sportifs conséquents dans un certain nombre de territoires. Cependant, la gestion des quelques chaînes restantes interroge, Netflix ayant déclaré ne pas vouloir gérer des chaînes linéaires. De plus, la marque TNT Sports serait la propriété de Discovery Global donc son usage par Netflix nécessiterait une licence de marque ou un changement de nom.
D’après les projections financières, CNN devrait générer environ 10 % des revenus de Discovery Global cette année, les autres chaînes américaines 60 %, les chaînes internationales 25 % et le service Discovery+ 5 %.
Si les prévisions sont optimistes pour CNN (1,8 milliard de dollars en 2026, 2 milliards en 2030), les autres chaînes américaines (TNT, TBS, HGTV…) devraient voir leurs revenus chuter de 9,9 milliards en 2026 à 7,7 milliards en 2030. La distinction entre CNN et les autres chaînes pourraient être le signe d’une vente de CNN à court terme.
En France, Discovery Global s'occuperait des chaînes Eurosport, TCM Cinéma, CNN International, Warner TV/Next, Discovery Channel, ID, TLC, Boomerang, Cartoon Network et Cartoonito ; ainsi que des activités de production de flux (Affaire conclue, Super Nanny…). Un lancement du service de streaming Discovery+ serait attendu rapidement sur le territoire.
📬 Les brèves de La Veille
Netflix fait son bilan 2025. En 2025, Netflix a généré 45,2 milliards de dollars de C.A. (+16 % sur un an) et 11 milliards de bénéfices. La plateforme revendique désormais 325 millions d’abonnés et prévoit d'augmenter de 10 % ses investissements dans la production de films et séries en 2026. Parallèlement, Netflix a proposé mardi une offre de rachat simplifiée à Warner, intégralement en cash, pour accélérer l’accord. (WSJ)
TikTok lance son app de microdramas. Après avoir expérimenté une section Minis dans son app (La Veille du 8 janvier), TikTok a discrètement lancé PineDrama, une app dédiée aux microdramas, ces séries très courtes et bas de gamme au format vertical. Disponible aux États-Unis et au Brésil, le modèle économique de PineDrama reste inconnu puisque l’app ne propose pas de publicité ni d’abonnement. (Business Insider)
Humanoid sur le point de racheter Clubic. Humanoid, la filiale du groupe Ebra (Crédit mutuel) propriétaire de Numerama, Frandroid et Madmoizelle, serait sur le point de faire l’acquisition du site tech Clubic. Créé en 2000, Clubic avait été racheté par M6 en 2008 avant d’être repris par ses cofondateurs en 2018. Le média, qui compte 18 salariés, a dégagé un bénéfice net de 319 000 euros en 2024. (L’Informé)
Le gouvernement dégrade le budget du CNC et de l’audiovisuel public. Trois mois après avoir annoncé qu’il ne l’utiliserait pas, Sébastien Lecornu a officialisé lundi le recours au 49.3 pour le budget 2026. La réforme de la taxe TST-E, qui fait perdre 34 millions d’euros au budget du CNC, est conservée. Le gouvernement acte en plus une nouvelle coupe de 30 millions d’euros pour l’audiovisuel public. (Télérama)
➕ de Veille
Menaces sur l’audiovisuel public : France TV interdit les invités politiques à C à vous et C ce soir, officiellement en raison de temps de parole (Télérama)
La chaîne régionale Wéo est liquidée et cessera sa diffusion ce dimanche suite au désengagement financier de la région Hauts-de-France (La Voix du Nord)
« Morandini : la honte », ou pourquoi le groupe Canal+ s’acharne à conserver un délinquant sexuel à l’antenne (Mediapart sur YouTube)
Coup dur pour UGC qui réclamait 106 millions d’euros d’indemnisations à ses assureurs pour la fermeture des salles en 2020–2021, sans succès (L’Informé)
Après le partenariat BYD / Mediawan, Peugeot s’associe avec Pathé pour intégrer ses véhicules dans les productions et dans les salles (Les Échos)
Le tournage semé d’embûches du Mage du Kremlin, heurté à des obstacles financiers et à des critiques sur le message ambigu du film (Le Monde)
