Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :

📱 Microdramas, gros revenus ?

Florilège de microdramas proposés par StoryTV.

« Il m’a trompée donc j’ai épousé son oncle », « La femme de ménage porte l’héritier du PDG », « Oh non ! La bonne est une escorte » : ce ne sont pas des titres du catalogue Dorcel mais bien de microdramas, ces séries courtes verticales de 1 à 3 minutes par épisode, de plus en plus en vogue sur mobile.

Les séries courtes sur mobile rappellent habituellement de mauvais souvenirs dans l’audiovisuel, que ce soit aux États-Unis avec le fiasco de Quibi – la plateforme de Jeffrey Katzenberg qui avait englouti 1,75 milliard de dollars en six mois – ou en France avec l’échec de Studio+, « expérience malheureuse et amère » d’après Maxime Saada, dans laquelle Canal+ avait investi 65 millions d’euros.

Les microdramas d’aujourd’hui, aussi appelés duanju, sont très différents. Venus de Chine, où le marché local a dépassé celui du cinéma, ils sont d’après le président du CNC le « parfait contre-exemple de ce en quoi nous croyons, ce pour quoi nous nous battons ». Si Quibi, Blackpills ou Studio+ misaient sur des séries courtes de qualité, les duanju offrent un contenu ultra bas de gamme et addictif, parfois qualifié de mix entre TikTok et la telenovela, reproduisant à foison les clichés sexistes et discriminants.

  • S’appuyant sur l’essor de l’IA, les applications comme ReelShort et Dramabox se multiplient et ont gagné en popularité à travers les réseaux sociaux. Grâce à ses coûts de production très faibles, la publicité et les abonnements, l’industrie devrait générer 26 milliards de dollars de revenus d’ici 2030.

  • Aux États-Unis, d’anciens cadres de ABC, Showtime et NBCUniversal ont fondé MicroCo en août dernier. À l’automne, Fox Corp, Disney et Paramount Skydance ont commencé à investir dans le domaine ; et l’ancien PDG de Miramax a lancé sa propre plateforme de microdramas, GammaTime.

  • Face au phénomène, le syndicat des comédien·nes américains SAG-AFTRA a élargi son périmètre aux microdramas en octobre afin de mieux protéger ses adhérents. Variety relevait l’exemple de Nick Ritacco, acteur apparu dans Homeland ou New York Unité Spéciale, vu depuis dans 40 microdramas.

  • En France, deux anciens du média Chefclub ont fondé une première société de production de microdramas, StudioQuinze, éditant l’appli StoryTV. Émergeant sur les réseaux sociaux, StudioQuinze aurait accueilli un premier investisseur, « un professionnel du milieu de la production », en décembre. D’autres sont espérés pour le début de l’année.

  • De son côté, TikTok vient de lancer Minis, qui propose des microdramas directement dans l’appli et invite à payer au bout de quelques épisodes, s’inspirant du succès de TikTok Shop. Le réseau aurait sollicité les producteurs et payé jusqu’à 10 000 dollars pour acquérir une série, en proposant aussi un partage des revenus publicitaires. Un modèle qui laisse sceptique.

🇪🇺 L’Express à la conquête de l’Europe

« L’Express » en polonais, disponible dès le 20 janvier via lexpress.eu.

Alain Weill ne s'arrête jamais. Fondateur de BFMTV, ancien PDG de SFR, gérant d’un parc hôtelier, actionnaire des Cahiers du cinéma : l’homme d’affaires a toujours des projets. Pour sa septième année à la tête de L’Express – dont il est seul propriétaire depuis 2023 –, le magazine veut entamer une mue internationale.

Dès le 20 janvier, L’Express sera disponible sera disponible en anglais et en polonais via le portail lexpress.eu, traduction IA du site français, disponible dans les 24 langues de l’Union européenne d’ici mi-2027. Ambition : recruter 30 000 abonnés en Europe, environ 1000 abonnés par pays, et viser 300 000 abonnés à terme.

En parallèle, le magazine libéral – largement inspiré de The Economist – va connaître une nouvelle maquette de sa version papier pour renforcer son européanisation. Conscient que l’équilibre financier ne peut venir du média seul, Alain Weill a entamé une diversification du groupe suite au rachat d’une start-up lyonnaise en 2023. L’Express Connect, L’Express Franchise et L’Express Éducation proposent une multitude de services, dont une particulièrement lucrative : les salons virtuels.

La société Groupe L’Express, devenue en juin L’Express Magazine, va être à nouveau renommée L’Express Global Tech.

  • Alors, folie des grandeurs ou nouvelle ère pour L’Express ? Alain Weill veut y croire et doubler le chiffre d’affaires du groupe en quatre ans, en passant de 25 à 50 millions d’euros grâce au développement européen.

  • L’Express a malgré tout déjà un échec au tableau : L’Express TV, le projet de chaîne que le magazine avait porté devant l’Arcom en 2024 pour une fréquence TNT. Candidat malheureux, il avait été jusqu’au Conseil d’État il y a deux mois pour faire invalider la décision. Sans succès.

  • Derrière ces projets, Alain Weill – toujours influent dans la sphère RMC-BFM puisque c’est lui qui aurait conseillé à Rodolphe Saadé d’acheter Chérie 25, devenu RMC Life – veut aussi en réalité ouvrir le capital du journal pour financer son développement. Une introduction en Bourse serait envisagée d’ici 2027.

📬 Les brèves de La Veille

La gauche veut mieux protéger les journalistes. Le NFP a déposé une proposition de loi visant à renforcer la protection du secret des sources des journalistes : atteintes possibles uniquement pour des infractions graves, avec autorisation préalable d’un juge. Elle élargirait la protection aux collaborateurs de rédaction et renforcerait les sanctions contre les tentatives d’identification des sources. (La Corres. de la Presse)

Novo19 rattrape une série inédite. Tournée en 2023, Le Signal 149 kHz devait être la première série française de Paramount+, proposée dans 30 pays, adaptée d’un best-seller de Maxime Chattam. La mini-série, produite par Gaumont avec Paramount, ne sera finalement jamais diffusée par la plateforme. Proposée par Illico+ au Canada l’été dernier, c’est Novo19 qui la diffusera en France dès le 29 janvier. (Le Film français)

Climat de travail infernal chez Espace Group. « Parfois je me demande pourquoi tous les gens se barrent, peut-être que je suis un mauvais patron ? Puis je me dis que je m’en fous car il y aura toujours des gens pour bosser. » Enquête accablante de L’Informé sur le groupe radio lyonnais (M Radio, Virgin Radio, Générations…) où la direction fait régner la terreur pour maintenir ses salariés dans la précarité. (L’Informé)

Off Investigation à la dérive. D’après StreetPress, une cinquantaine d’articles de Off Investigation, le média en ligne fondé par Jean-Baptiste Rivoire, seraient signés de journalistes issus de médias ouvertement antisémites, complotistes et islamophobes. Dans une réponse lunaire et condescendante, Rivoire dénonce une « campagne de déstabilisation », refusant de céder à la « police de la pensée ». (StreetPress)

de Veille

  • La justice enquête sur le rachat du magazine L’Officiel par un groupe chinois, accusé de fraudes et d’avoir fait disparaître des archives (Stratégies)

  • Webedia recrute l’ancien patron de 20 Minutes, visé par une motion de défiance et accusé de propos transphobes, pour diriger ses médias (CB News)

  • Canal+ met fin à ses services au Vietnam et en Éthiopie suite aux mauvais résultats de l’un et à la présence de MultiChoice chez l’autre (Insight NPA)

  • Démarrage compliqué pour Versant, le groupe issu de la scission des chaînes de NBCUniversal, qui chute en bourse dès le premier jour (Bloomberg)

  • Aux États-Unis, la Corporation for Public Broadcasting, qui finançait les médias publics, se dissout suite au retrait de son financement par Trump (TheDesk)

  • En Belgique, les Magritte – équivalents des César – deviennent les René du Cinéma et intègrent désormais les séries de fiction (RTBF)

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