Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :

🎂 La plateforme Tënk, un modèle alternatif depuis dix ans

À partir du 18 février, Tënk fête ses dix ans. La plateforme du cinéma documentaire dévoilera une programmation évènementielle, composée de cartes blanches, de films qu’elle a soutenu et de films « clin-d’œil » à son histoire. Elle proposera également des évènements dans cinq villes françaises, ainsi qu’à Bruxelles, au fil de l’année.

Dans le monde des plateformes spécialisées, Tënk occupe une place singulière. Fondée dans un village en Ardèche, où elle propose des studios de post-production, Tënk s’appuie sur une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) rassemblant 610 sociétaires. Quelle que soit la part de capital détenue, chaque sociétaire a un droit de vote égal. Depuis 2022, les abonnés représentent la majorité des voix. Les sociétaires élisent le conseil d’administration, auquel ils peuvent aussi candidater.

Ce fonctionnement démocratique – aussi soutenu financièrement par le CNC, la Cinémathèque du documentaire, la Scam et l’Union européenne (Europe Creative Media) – a permis la diffusion de 3500 films documentaires sur Tënk en dix ans.

  • Après avoir revu à la hausse son offre en mars dernier, Tënk revendique 20 000 abonnés individuels en 2025 et 160 structures abonnées (écoles, universités, médiathèques). La plateforme propose 90 films à l’abonnement, dont un quart renouvelés chaque mois, et 2000 titres en location.

  • Depuis 2018, Tënk a préacheté 140 films documentaires pour un total de 1,5 million d’euros investis. Une source de financement alternative, bienvenue dans l’économie précaire du documentaire indépendant.

  • Derrière la question de l’économie sociale et solidaire, Tënk s’est distingué par son engagement contre l’extrême droite, en appelant à voter pour le NFP en 2024, ou plus récemment par la défense du CNC, « cible d’attaques répétées de l’extrême droite, mettant en danger la diversité cinématographique ». Une voix singulière dans un écosystème bollorisé bien timide.

📰 Plan social massif au Washington Post de Jeff Bezos

Ce mercredi, la direction du Washington Post a annoncé un plan social massif touchant un tiers des effectifs, dont plus de 300 journalistes sur les 800 que compte le journal. Selon son syndicat, les effectifs avaient déjà été réduits de 400 personnes au cours des trois dernières années.

Le Washington Post, propriété de Jeff Bezos depuis 2013, met fin à son service des sports, arrête sa rubrique livres, licencie ses journalistes tech, suspend son podcast quotidien et va considérablement réduire son réseau de correspondants étrangers. Ainsi, une journaliste du Washington Post sur le front en Ukraine a appris son licenciement immédiat par mail. Le rédacteur en chef de la section International a demandé à être licencié plutôt que d’être impliqué dans ces coupes.

Jeff Bezos, quatrième homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de 200 milliards d’euros, ne voulait plus supporter les pertes de son journal (85 millions d’euros en 2024), bousculé par le référencement en ligne, les algorithmes changeants des réseaux sociaux ou encore la montée des IA. Mais c’est surtout l’interventionnisme de Bezos qui a fini d’achever le Washington Post en 2024, lorsque le milliardaire a bloqué une tribune actant le soutien du journal à Kamala Harris. Le lectorat historique du journal, plutôt démocrate, a pris la fuite.

  • Le nouveau Washington Post veut se réorienter en « Politico-lite », préférant un repli sur la politique et la sécurité nationale.

  • Le déclin de la presse n’est pourtant pas une fatalité : le New York Times a terminé l’année avec 12,78 millions d'abonnés (+ 1,4 million d'abonnés numériques en 2025), générant plus de 290 millions d’euros de bénéfices. Une croissance impressionnante, même si ces résultats sont à nuancer.

  • Jeff Bezos, qui qualifiait sur X de « come-back politique extraordinaire » le retour de Trump, reste à côté le premier actionnaire d’Amazon. Lequel vient de sortir en salles Melania, film de propagande du clan Trump, dans lequel il a investi 40 millions de budget et 35 millions pour le marketing. Un timing chaotique qui témoigne de l’opportunisme financier des grandes fortunes.

📬 Les brèves de La Veille

Mouvements à Radio France. Adèle Van Reeth va quitter la direction de France Inter début mars, après quatre années de polémiques. Elle sera remplacée par Céline Pigalle, actuelle directrice de l’information de Radio France. Laurent Guimier prend la tête du réseau Ici (ex-France Bleu) et Agnès Vahramian récupère la direction de l’information du groupe, avant les échéances électorales. (Télérama)

Les César en « mondovision ». Canal+ compte bien amortir la cérémonie des César cette année. Elle sera diffusée simultanément sur cinq chaînes du groupe : CStar, Canal+, Canal+ Cinéma(s), Canal+ Box Office et OCS. Elle sera aussi sur Dailymotion (propriété de Canal+), Europe 1 (contrôlé par Bolloré) et les déclinaisons de Canal+ en Europe et en Afrique. TV5Monde la diffusera dans les autres territoires. (Télé-Loisirs)

L’Assemblée nationale convoque Vincent Bolloré. Dans le cadre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, son président Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) a annoncé qu’il convoquera le magnat au titre d'actionnaire de Banijay, producteur TV pour le service public (Bolloré détient 29,9 % de Vivendi qui détient 19,2 % de Banijay). Le député souhaite néanmoins l’interroger sur le maintien de Morandini. (Libération)

La VF s’attaque à l’IA. Huit comédiens de doublage français, dont les voix de Julia Roberts, Richard Gere ou Buzz l’Éclair, mettent en demeure deux sociétés américaines d’IA, VoiceDub et Fish Audio, pour avoir cloné et commercialisé leur voix sans autorisation. Dans une action collective inédite, ils exigent le retrait des modèles sous huit jours et réclament 20 000 euros de dommages et intérêts. (Le Monde)

de Veille

  • C’est officiel : Josh D’Amaro deviendra PDG de Disney le 18 mars ; Dana Walden, qui était en lice, est nommée présidente et directrice créative (THR)

  • Suite aux révélations sur Epstein, Caroline Lang démissionne du Syndicat des producteurs indépendants, trois semaines après sa nomination (Le Monde)

  • À l’instar de Pathé en France et aux Pays-Bas, le circuit Kinepolis lance une offre VOD en Belgique avec les groupes Play Media et Telenet (Boxoffice Pro)

  • MK2 Films acquiert le catalogue de films de Céline Sciamma auprès de sa productrice Bénédicte Couvreur et de sa société Lilies Films (Variety)

  • 20 Minutes devient 100 % belge : Rossel, éditeur de La Voix du Nord et du Courrier Picard, rachète les parts du groupe Ouest-France (CB News)

  • Sources qui se rétractent, contradictoire impossible, preuve manquante… Ces enquêtes auxquelles les journalistes doivent renoncer (La Revue des médias)

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