
Bienvenue dans cette nouvelle édition de La Veille. Au sommaire aujourd’hui :
📺 Quel avenir pour l’audiovisuel français ?

De gauche à droite : Nathalie Sonnac (ex-CSA), Hélène Etzi (Disney France), le sénateur Cédric Vial, Rodolphe Belmer (TF1/LaFA) et Roch-Olivier Maistre (ex-Arcom) le 11 février 2026. © senat.fr
Alors que le grand procès de l’audiovisuel public se poursuit à l’Assemblée nationale, le Sénat organisait mercredi un colloque sur l’avenir de l’audiovisuel français. Étaient notamment conviés les dirigeants passés et présents des différentes autorités de régulation (Arcom, UE, ADLC) et les patrons de TF1, Canal+, Arte et Disney France.
Un colloque traversé par quatre grandes thématiques : la souveraineté culturelle, la concurrence asymétrique entre les groupes français et les acteurs mondiaux, le financement de la création et l’IA. Attachée à l’exception culturelle, l’industrie est consciente que le modèle hérité des années 1980–2000 arrive à un point de bascule.
Le déclin de la télévision
Les chiffres sont alarmants. L’audience de la télévision a baissé d’un quart en cinq ans, mais l’évolution des audiences qui ont une valeur commerciale pour les annonceurs « a été divisée par deux », d’après Rodolphe Belmer, PDG du Groupe TF1 et président de l’association LaFA (La Filière audiovisuelle), « car ce sont les plus jeunes, et donc ceux qui migrent le plus vite vers le digital ».
Pour Maxime Saada, président du directoire de Canal+, « la TNT, c’est terminé ». Il estime que cette technologie a encore dix ans devant elle. « Je pense que la décision C8 / NRJ12 a mis fin à la TNT ». Les dirigeants militent pour un assouplissement du cadre réglementaire, tant pour la publicité, la concentration ou les obligations d’investissement, face à des acteurs mondiaux agiles qui raflent le marché.
La protection du service public
Alors que Politico rapportait lundi l’abandon du projet de holding de l’audiovisuel public par l’exécutif, censé être la mesure phare de Rachida Dati, le parlementaire Laurent Lafon, auteur de la proposition de loi, a profité du colloque pour la remettre à l’ordre du jour. « Une seule lecture à l’Assemblée nationale lui permettrait d’aboutir », rappelle-t-il.
De son côté, Rodolphe Belmer rappelle la nécessité de « stabiliser et sécuriser le service public », menacé de toute part mais « essentiel pour la vitalité économique de notre secteur et pour la création ». « Le groupe TF1 ne pourra pas financer tout seul les 260 000 personnes qui façonnent les programmes de ce pays ».
L’inévitable consolidation
Malgré l’abandon du projet de fusion entre TF1 et M6 en 2021, le sujet revient à nouveau sur la table. Les Échos rapportent que CMA CGM, actionnaire à hauteur de 10 % du Groupe M6, ferait du lobbying auprès du ministère de la Culture pour faire sauter les verrous bloquant son rachat. Le président de l’Arcom se dit notamment prêt à assouplir l’interdiction de revente d’une fréquence TNT avant cinq ans.
Pour Maxime Saada (Canal+), la fusion TF1 / M6 est « une nécessité industrielle pour créer des géants de demain ». Il cite le cas de la fusion Canalsat / TPS en 2007 : « Ça nous a permis de gagner en oxygène les quelques années nécessaires pour adapter le modèle et digitaliser Canal, et se déployer ensuite à l’international ». Un déploiement international « parce qu’en France on n’y arrivait pas », précise Saada.
Les enjeux européens
Le président de Canal+ met en garde sur l’éventuel retard européen face à la consolidation des Américains. « Warner ne peut pas rester indépendant. Il n’a pas la capacité financière de rester indépendant ». D’après lui, Lionsgate ou Sony vont suivre, voire « potentiellement Apple qui achète Disney, ce n’est pas impossible ».
Alors que certains acteurs européens de l’audiovisuel font un repli sur leur marché domestique (Sky, RTL), il estime que trois groupes français sont aujourd’hui les leaders européens : Mediawan, Banijay et Canal+. « Mais seront-ils Européens demain ? », demande Saada. « Si on continue comme ça, on finira tous Américains ». Il s’interroge néanmoins sur les ambitions de la famille Berlusconi (groupe MFE-MediaForEurope), qui manifesterait aussi son intérêt pour le Groupe M6.
Plus largement, Rodolphe Belmer (TF1) invite à « réinventer le droit d’auteur à l’ère de l’IA », dont le cadre actuel semble pour lui insuffisant. Bruno Patino (Arte) estime que l’enjeu de demain est la « capacité à être proposés par les agents d’IA », alors que certaines sociétés commencent à monétiser ce savoir-faire encore méconnu.
🔗 Revoir le colloque (sur le site du Sénat)
📬 Les brèves de La Veille
Wild Bunch en redressement judiciaire. La filiale française de Wild Bunch a été placée en redressement judiciaire le 30 janvier, avec une période d’observation de six mois, après une année 2025 difficile en salles. Son nouveau directeur général évoque un plan de transformation et l’entrée possible de financements externes, tandis que le line up 2026 sera réduit et davantage orienté vers le cinéma grand public. (LFF)
Psychodrame chez Ligue 1+. Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, a annoncé sa démission après que BeIN Sports ait raflé les droits de diffusion de la Coupe du monde 2026 (et 2030), supplantant Ligue 1+ malgré un accord préalable avec la FIFA. Estimant ne pas bénéficier d’un soutien unanime des clubs, Tavernost vise notamment Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG… et de BeIN. (Le Monde)
Fabrice Lacroix nommé à la tête de l’INA. L’Élysée a désigné Fabrice Lacroix président de l’Institut national de l'audiovisuel, succédant à Agnès Chauveau, qui assurait l’intérim depuis la suspension de Laurent Vallet. Ancien dirigeant à l’AFP, Radio France et France Télévisions, il est chargé de poursuivre la modernisation de l’établissement dans un contexte d’incertitudes pour l’audiovisuel public. (Les Échos)
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